À Saint-Gilles, les Brigades de solidarité populaire sont en lien avec 150 familles qui reçoivent régulièrement leurs colis alimentaires. Des centaines de masques ont également été distribués dans le quartier. Cela est possible grâce aux 90 brigadistes qui, tout en respectant  les mesures sanitaires, s’organisent, tiennent des permanences, préparent les colis, les masques et les distribuent. Mais l’action de ces Brigades ne s’arrête pas là : elle s’inscrit dans un discours politique qui vise à dénoncer les manquements et les abus d’un État dont les politiques sont dictées par une vision néolibérale. Sous le slogan “seul le peuple sauve le peuple”, c’est une solidarité politique qui s’est mise en place.

Nous avons interviewé trois brigadistes aux  profils et traditions politiques différentes. Alexandre, 30 ans, est salarié. Sarah, 22 ans, est barmaid tout comme Thomas, 30 ans.

Tou-te-s se retrouvent au sein des Brigades de solidarité populaire qui pour eux représentent une manière concrète d’agir.

A: “C’est une mise en pratique d’idées théoriques / politiques que je défends. Selon moi, le plus important est la mise en pratique. En effet, il est important de se confronter au réel et au matériel. Les idées ne servent à rien et ne provoquent aucun changement tant qu’elles n’essaient pas de dépasser et de sortir de leur cadre théorique.”

Il paraît clair pour ces trois brigadistes que ce système basé sur le profit au détriment du reste a sa part de responsabilité dans la crise actuelle. Notamment avec des gouvernements qui ont oeuvré ces dernières années à la destruction des services publics mais également dans leur gestion de la crise : S : “Les décisions sont prises en connaissance de cause mais au final c’est l’argent qui remporte.. La gestion de cette crise a mis en lumière l’intérêt de nos politiques comme par exemple le fait de retourner travailler (aller dans une usine n’est pas nécessaire) alors que nous pouvons même pas retrouver nos vies (nos activités, nos proches,…)” 

Les brigadistes dénoncent l’impact que cela a sur les inégalités structurelles déjà présentes :

T : “Comme je le disais avant, je crois que tout se révèle lors de ce genre de crise. Vous viviez dans un 50 m² insalubre à 3 ? Ce qui est déjà pas facile en temps normal  et bien maintenant vous voilà confiné. Vous aviez du mal à boucler vos fins de mois et vous comptiez sur des petits extras en noir ou autre précarité organisée par le système ? Bah maintenant t’as qu’à essayer avec 40 ou 50 % de tes revenus en moins. En plus, tu as droit à un gros doigt bien senti par le politique quand ceux-ci refusent de suspendre les loyers. Et je crois que cette exacerbation peut s’étendre à l’ensemble des aspects que peut prend l’inégalité dans notre société.”

 S : “La crise du covid s’est transformée en crise sociale et les territoires les plus pauvres sont les plus touchés par cette crise car le travail ne s’est pas arrêté pour tout le monde. On peut analyser ça par différents points comme par exemple les violences policières croissantes dans les quartier populaires du aux restrictions de liberté et au pouvoir donné à la police. On peut aussi analyser ça par la crise des logements car ceux qui arrêtent de travailler n’ont pas spécialement l’argent pour payer des loyers et nous n’avons pas tous des villas ou des châteaux. Les universités de Belgique n’ont aucune compréhension de classe et ne prennent pas en compte les difficultés financières et sociales que rencontrent certains étudiants. Les médias nationaux monopolisent la totalité de l’attention sur le virus et ses conséquences directes en jouant sur la peur de la mort. Les médias prennent exclusivement le modèle de l’homme blanc de classe moyenne et ses pratiques (loisirs, culture, sport,…) On peut aussi remarquer que les Pays ont fermés toutes leurs frontières afin de bloquer les flux migratoires sauf quand les pays ont besoin de mains d’œuvres pas cher (Exemple : l’Italie). Nous pouvons aussi remarquer que les états et plus explicitement les médias ont joués sur la peur de la mort au noms de la vie en sacrifiant nos libertés fondamentales et nos relations sociales. Alors que certains étaient encore obligé d’aller travailler pour continuer à servir notre système économique.”

Tous les trois pointent que les Brigades sont une réponse adaptée pour faire face à cette situation : A : “Parce qu’elles sont des structures auto-organisées qui génèrent des solidarités concrètes, sur une base territoriale afin de venir en aide aux plus précaires : travailleur.euse.s, migrant.e.s, personnes sans domicile fixe, personnes âgées, isolées… mais  qui s’attachent également à une mise en accusation des politiques néo-libérales, dont la situation actuelle, partout dans le monde, démontre une fois de plus la nature criminelle.

Les Brigades mettent en place une solidarité active, prônent l’auto organisation, avec “la conviction que nous devions compter sur nos propres forces”, et en créent de réels liens entre brigadistes mais également avec les personnes qui reçoivent les colis.

T : “Je ne supporte pas le discours catastrophiste qui dit que “l’homme est un loup pour l’homme” et qu’en cas de crise les gens se comportent comme dans une espèce de Mad Max du pauvre où tout le monde se bouffe. Je crois que la plupart des gens préfèrent se serrer les coudes en cas de crise. Je voulais tout simplement faire partie de cette dynamique. Deuxièmement, je n’étais pas intéressé à faire de la charité. Je reste militant politique donc ce qui me parle au delà de la solidarité concrète que l’on construit avec notre brigade, c’est aussi que l’on questionne les raisons qui nous ont amené jusque là.” 

Ce discours politique tire également son ancrage dans l’internationalisme des Brigades. En effet, cette initiative répond à un appel international : des centaines de brigadistes s’organisent de la sorte en France, en Italie ainsi qu’en Suisse. Les interviewé-e-s soulignent que l’internationalisme permet de se rendre compte qu’au-delà des spécificités locales, nous luttons tous contre un même système qui, lui, est international. Ce discours de solidarité populaire internationale est également un rempart contre les discours sur les nations qui nous divisent et contre la montée de l’extrême droite.

S : “Je pense sincèrement que c’est primordial de créer des réseaux partout dans le monde pour commencer à réellement lutter contre notre système. Se réapproprier des espaces comme lieu de rencontre, de réflexions politiques et de luttes (comme l’ont fait les Gilets Jaunes) est pour moi une base essentielle pour commencer la révolution”

Pour les trois brigadistes, cela semble évident que les Brigades vont perdurer et doivent continuer au-delà du confinement, car les inégalités, qui sont structurelles, n’ont pas attendu cette crise sanitaire pour apparaître. Face à ce constat, les brigades apparaissent comme  un bon moyen de tisser des liens dans le but de contrer ce système. La vision véhiculée par les brigades a pour boussole l’idée que le capitalisme, ainsi que les autres systèmes d’exploitation, est l’ennemi principal à abattre.

T : “Pour moi évidemment, je ne pense pas que ce soit le Covid 19 qui ait créé les inégalités de notre système. Les crises, quelque soit leur nature, ne font qu’exacerber ou révéler, des contradictions déjà présentes au sein d’une société donnée. L’objectif des brigades, qui est de construire une solidarité par le bas, reste un leitmotiv pour moi tout aussi valable après la crise sanitaire. D’autant plus que tout indique qu’une crise économique va succéder à cette crise sanitaire donc je pense que la solidarité devra perdurer dans le temps. Et, plus que ça, pour moi les brigades peuvent être l’embryon de quelque chose d’autre, une autre manière d’organiser nos vies qui ne répondrait pas au commandement de l’état et du capital.