Pour le deuxième jour consécutif le personnel de la STIB, pour la première fois dans l’histoire de la Belgique, use de son droit de retrait, en refusant les mesures de sécurité insuffisantes déployées par la STIB lors du déconfinement. En réaction à la mystification généralisée opérée par la presse Belge à ce propos, ANKER s’est rendu au dépôt des trams d’Ixelles ce mardi 12 Mai, afin d’écouter les voix des travailleurs et d’y voir plus clair sur leurs revendications.

Dès les premiers échanges avec les conduct.eur.rice.s de tram réuni.e.s en piquets au dépôt, il apparait que le refus de reprendre leur poste relève d’un constat de sécurité publique. Les nouveaux protocoles introduisant le déconfinement stipulent que les transports en commun du réseau STIB commencent à rouler avec la fréquence d’avant le lockdown et sans aucune limite au nombre de passagers. Les travailleu.r.se.s, sidéré.e.s par ces décisions, se sont vu donner des masques et des produits de nettoyage pour assainir les rames, avec l’ordre de retourner au boulot comme d’habitude.

Pourtant, les conduct.eur.rice.s STIB étaient en première ligne depuis le début du confinement assurant le service bien qu’avec une fréquence réduite. Cela avait été fait justement parce que la direction avait mis en place des mesures de précaution pour protéger les travailleu.r.se.s qui avaient été jugées adéquates par ces derniers. Pendant le confinement les trams ne pouvaient accueillir plus que 17 ou 23 passagers (en fonction des dimensions des rames) et toutes les 7 heures la motrice revenait au dépôt pour être désinfectée avant de recommencer son trajet avec un nouveau conducteur.

Ces précautions ont été levées à partir de ce lundi, avec des trajets qui arrivent à compter jusqu’à 100 passagers avec un risque élevé d’infection que les conduct.eur.rice.s sont censés contrer avec le port du masque chirurgical et par la désinfection des surfaces à chaque reprise de poste, pour laquelle seulement deux minutes sont octroyées. A tout cela se rajoute le fait que les reprises de poste se font sur la ligne, obligeant le personnel à s’exposer davantage lorsqu’ils voyagent sur le réseau STIB pour rejoindre le collègue à remplacer.

Le port obligatoire du masque a été au centre de l’intox propagée sur les médias dominants qui ont caractérisé les conduct.eur.rice.s de fainéants refusant de travailler car obligés de porter un masque. Pourtant, les interviewés font remarquer que cela n’est pas un détail trivial : enfermés dans leurs postes de conduite avec les voies respiratoires bloquées certains font des malaises par manque d’oxygène, d’autres portant des lunettes exposent les passagers à un risque de collision lorsque celles-ci sont embuées par conséquence du port du masque ou sont susceptibles d’être sanctionnés eux-mêmes s’ils ôtent le masque pour favoriser la visibilité. Le « retour à la normale » – qui se traduit par une augmentation des fréquences et du nombre de passagers – est marqué par l’abandon d’une série de précautions considérées adéquates et efficaces en faveur d’un système qui, par le biais de l’obligation du port du masque pour les conducteurs, augmente le risque pour ceux-ci. Ceci est malheureusement le symptôme d’une approche qui vise à transférer la responsabilité de la sécurité de l’entreprise à chacun de ses employés, les rendant, en revanche, redevables de l’irresponsabilité du gouvernement et des patrons.

A toutes ces considérations s’ajoute le constat désolant que les précautions sanitaires et la « distanciation sociale » hâtivement mises en place pour réouvrir dès que possible les commerces ne s’appliquent plus au réseau STIB. Pourtant, partout le public est bombardé d’alertes sur la persistance du risque d’infection que seuls les travailleu.r.se.s du réseau STIB devraient ignorer. Les interviewés, par ailleurs, déplorent ce traitement qui les envoie aux abattoirs alors qu’il y a un mois encore ils étaient célébrés pour faire leur devoir en première ligne en assurant le service pendant le confinement.

La réflexion qui découle de la situation des travailleurs et travailleuses de la STIB est que dans la précipitation de faire repartir la machine à profit, le gouvernement a choisi d’ignorer les réalités des conditions de travail quotidiennes de ces travailleu.r.se.s essentiel.le.s ; les mêmes qu’on applaudissait jusqu’à hier depuis nos balcons mais qu’on accepte aujourd’hui de voir tomber malades afin que l’on puisse tous se rendre au plus vite dans nos temples de la consommation favoris.

Dans ce contexte la STIB a obéi aux directives du gouvernement sans envisager de précautions suivant la logique que si Sophie dit que le virus n’existe plus alors cela doit être vrai. Les grands absents de cet histoire, les syndicats, soumis aux intérêts patronaux, ont renoncé à défendre la sécurité des travailleu.r.se.s. Devant cet exemple d’application de la théorie du ruissellement, où seules les responsabilités ruissellent vers le bas, les travailleu.r.se.s de la STIB ont du prendre leur propre sécurité et celle des usagers du réseau en main, refusant de se transformer en vecteurs du virus à cause de l’incompétence du gouvernement, l’irresponsabilité de la STIB et la complicité des syndicats FGTB, CSC, CGSLB qui, – on nous fait remarquer – partagent leur bureaux avec ceux de la direction, et que certains travailleu.r.se.s qualifient de « vendus ».

En conclusion, il est lamentable de constater comment nombre d’usagers n’ont pas compris les raisons de ce retrait du travail sans précédent de travailleu.r.se.s STIB, déferlant sur les réseaux sociaux pour se plaindre des services perturbés alors que, comme les conduct.eur.rice.s le revendiquent, leur objectif principal est de pouvoir retourner au travail en sécurité et à condition de ne pas nuire aux usagers eux-mêmes. Ce n’est pas un hasard si les travailleu.r.se.s qui ont choisi de partager leur doléances avec ANKER étaient au dépôt d’Ixelles depuis quatre heures du matin, comme pour un jour normal de travail. Ils tiennent par ailleurs à souligner qu’il ne s’agit pas d’une grève, mais qu’ils exercent leur droit de retrait sans avancer de demandes pécuniaires mais en revendiquant seulement le droit de ne pas tomber malades en faisant leur travail.

De suite, on donne le relais à la liste de leurs revendications en exhortant tout usager de la STIB qui nous lit à être solidaire de leur mobilisation qui se fait aussi pour le bien-être des usagers des transports en commun. 

   « Pour garantir la fin de ce [le SARS-COV2]danger grave et immédiat pour notre santé, les mesures suivantes de protection doivent être mises en œuvre par l’entreprise :

  • Le contrôle de l’obligation du port du masque par les voyageurs
  • La limitation du nombre de voyageurs et la distanciation sociale dans les véhicules
  • La fermeture hermétique du poste de conduite pour permettre aux conducteurs de ne pas conduire avec un masque gênant et suffoquant, engendrant d’autres risques
  • La désinfection du véhicule après chaque service, éviter les déplacements inutiles et évitables, donc reporter les remplacements sur ligne
  • La suspension des services coupés pour garantir la distanciation sociale dans les dépôts et éviter des déplacement inutiles et évitables.