Alors que le nombre d’infections et de décès dus à COVID-19 augmente dans le monde entier, une femme d’une soixantaine d’années a été la première victime du virus en Cisjordanie (Palestine occupée) le 26 mars. L’agence de presse officielle de l’AP (Autorité Palestinienne), Wafa, a rapporté que la femme palestinienne a probablement été infectée par le virus lorsque son fils est rentré dans son village natal après avoir travaillé en Israël.

Plus de 180 000 travailleurs palestiniens sont employés en Israël et dans les colonies israéliennes, selon le Ministère Palestinien du travail. Le travail des Palestiniens en Israël ou dans les colonies est réglementé par un système contraignant de laissez-passer. Tout travailleur se rendant sur son lieu de travail est obligé de passer par l’expérience deshumanisante du passage quotidien des checkpoints et du contrôle de son autorisation de déplacement ou au risque d’être tué en franchissant illégalement la ligne verte.   Au bas de la pyramide de son économie raciale, Israël a toujours eu besoin de travailleurs palestiniens faiblement rémunérés pour l’accumulation de capital et les Palestiniens, en particulier dans les zones rurales, n’ont souvent pas d’autre option pour subvenir aux besoins de leur famille que le travail salarié en Israël.

Suite à l’augmentation du nombre total de personnes infectées en Israël et dans les territoires occupés (aujourd’hui se comptent plus de 80 cas en Cisjordanie et environ 10 cas dans la bande de Gaza), il y a presque une semaine, Israël a imposé la fermeture totale de tous checkpoints entre son territoire, la Cisjordanie et la bande de Gaza comme mesure préventive pour empêcher la propagation du virus.

Au moment où les nouvelles mesures ont été annoncées, des milliers de travailleurs palestiniens ont rejoint Israël avant la fermeture. Quelques jours auparavant, le ministère Israélien de la défense avait annoncé que les Palestiniens qui avaient le droit de travailler et qui avaient moins de 50 ans étaient autorisés à dormir en Israël – un changement de la politique habituelle du permis de travail – pour une période prolongée d’un ou deux mois afin d’empêcher toute nouvelle propagation du virus entre Israël et la Cisjordanie.

Des dizaines des milliers de travailleurs palestiniens, sans la possibilité de travailler chez eux, où le chômage sévit, se sont empressé de rejoindre, légalement et illégalement, sur le territoire israélien lorsqu’on les a autorisés à passer la nuit dans les logements fournis par leurs employeurs israéliens.

En cette période de crise sans précédent, la main-d’œuvre palestinienne – transformée en “robinet” à ouvrir et à fermer en fonction de la situation politique et des besoins du capital israélien à partir des années 90 – semble être vital.  Le facteur essentiel à prendre en compte est que les Palestiniens sont principalement employés dans les secteurs de la construction et de l’agriculture et, dans une moindre mesure, dans le secteur de la santé. Ces secteurs sont considérés comme des “secteurs économiques essentiels” dans la lutte contre la pandémie COVID-19. Comme l’ont rapporté des sources locales, des travailleurs palestiniens sont employés pour construire rapidement des nouvelles infrastructures médicales et pour assurer l’approvisionnement des ressources alimentaires issues de l’agriculture. Ainsi, alors que la population israélienne est invitée à rester chez elle, les Palestiniens sont censés fournir la “force de travail essentielle” à l’économie israélienne pendant la pandémie. Selon le ministère du travail de l’AP, au moins 40 000 Palestiniens auront dû passer les prochains mois en Israël.

Pourtant, peu après ce déplacement massif, les travailleurs palestiniens rentrent   en Cisjordanie. Cela se produit, après plusieurs cas de travailleurs prétendument malades qui ont été reconduit aux postes de contrôle entre Israël et le nord de la Cisjordanie par leurs employeurs qui ne voulaient pas couvrir les frais de leurs soins de santé. Et encore, après que les travailleurs aient découvert que le seul abri garanti n’était qu’une tente dans un champ agricole pendant les nuits froides, une feuille de carton sur le sol de bâtiments inachevés avec d’autres dizaines de travailleurs ou que simplement le logement n’existait pas. Après ne pas avoir reçu des produits d’hygiène comme des masques, des gants ou des désinfectants pour les mains ; après avoir été brutalisés par la police Israélienne s’ils se retrouvaient sans logement, il semble que les travailleurs palestiniens aient reconsidéré « l’opportunité » de travailler en Israël. Le coût qu’ils doivent payer est devenu trop important. Israël exige de la main-d’œuvre, sans même prendre la responsabilité de leur assurer une couverture médicale et des conditions de logement dignes. Une logique qui résonne avec la même pratique coloniale israélienne consistant à prendre le contrôle d’autant de terres palestiniennes avec le moindre nombre d’habitants (arabes) que possible.

Il y a des vies qu’Israël considère plus sacrifiables que d’autres. Après avoir colonisé, dépossédé et assujetti la population palestinienne pendant des décennies, Israël peut compter sur le fait que les Palestiniens n’aient d’autres options que d’accepter ces conditions de travail inhumaines. Toutefois, ces épisodes récents montrent que, entre le salaire et leur santé et celle de leurs proches, les travailleurs Palestinien choisissent cette dernière. Ils ne vont pas payer de leur vie le prix de cette pandémie. Pas cette fois-ci. Beaucoup rentrent chez eux (en optant pour une quarantaine de 14 jours) en sachant qu’ils laissent derrière eux leur seule source de revenus.