La phase générale et le contexte actuel sont marqués par la restructuration globale du capitalisme. Ce dernier est rentré dans une nouvelle phase offensive caractérisée par la réorganisation du capitalisme lui-même. Redéfinissant ainsi les rapports de force et mettant en œuvre de nouvelles lignes de conduite.

Le capitalisme essaye de se restructurer et de se réorganiser autour d’axes nécessaires à son développement, en mettant à profit tout ce qui existe. En résulte, une attaque permanente contre les conditions de vie des exploité-e-s et une accélération du processus de segmentation à l’intérieur de la classe. Cette dynamique est fonctionnelle à la survie et au développement du capital.

Cette segmentation fait émerger des besoins spécifiques et de nouvelles lignes de conflit qui doivent être pris en compte en vue d’une recomposition du front des exploité.e.s pour construire une contre-offensive.

Le territoire est une expression de cette mise à profit menée par le capital. A Bruxelles, dans notre réalité, cette démarche se concrétise, entre autre, au travers de la gentrification, la spéculation immobilière ou encore le développement exponentiel du secteur des services.  

Cette dynamique de transformation de la ville amène à des conséquences significatives : d’un côté la naissance d’une identité cosmopolite aseptisée et détachée du territoire qui nourrit l’illusion d’être des citoyen-ne-s du monde et qui conduit à l’uniformisation de certaines parties des grandes villes; de l’autre côté, un mouvement de marginalisation et d’expulsion physique, politique et sociale des classes subalternes opérant en continu.

A Bruxelles nous le voyons clairement dans l’instauration de l’ « État d’urgence » antiterroriste, dans les quartiers populaires ou dans les nouvelles réglementations communales dans les quartiers en voie de gentrification.

La diversification des mécanismes d’expulsion et de marginalisation produit du conflit, souvent dans des formes en apparence apolitiques ou pré-politiques (mouvement de résistance aux expulsions, constitution de comités locaux contre la menace de fermeture de magasins historiques pour laisser la place à des centres commerciaux, etc.). Il s’agit de formes intéressantes de résistance et de lutte qui pourraient devenir de nouvelles formes de contre-pouvoir territorial et d’autonomie, capables de saboter les engrenages de la domination.

Dans ce contexte, la politique traditionnelle n’a plus l’air d’être capable de représenter une perspective d’amélioration ou de changement réel de nos conditions de vie. L’état nation n’est fonctionnel que pour les intérêts du capital. La classe dominante n’a plus besoin de dialoguer avec les corps intermédiaires (syndicats traditionnels, monde associatif et mouvements citoyens) pour s’assurer la paix sociale. Comme nous avons pu le voir dernièrement avec le traitement par la classe politique des mobilisations sur le climat ou encore l’ingérence de l’État autour de l’Accords interprofessionnel. Il en résulte souvent une incapacité à construire des luttes efficaces et un repli sur le pur assistanat au détriment d’une alternative revendicative et conflictuelle.

UN NOUVEL APPROCHE : POUR UN SAVOIR ET UNE CULTURE PARTISANE

Nous partons du principe que le conflit est une des caractéristiques physiologiques de la société. Une société divisée en classes produit ce conflit de façon « naturelle », en tant que terrain de frottement entre les intérêts de la partie dominante et les intérêts des subalternes. Nous appelons la multiplicité de ces terrains de frottement “lignes de conflit”, qui s’expriment de façons diverses plus ou moins conscientes et qui incarnent le refus naturel des mécanismes de coercition du capital.

Ceci est notre point de départ, dans ce réservoir de puissance et potentialité dont nous sommes témoins chaque jour afin de construire un savoir de classe.

Le renouveau d’une théorie propre aux classes subalternes servant aux nouvelles luttes est donc nécessaire et prioritaire. Il importe d’enquêter et d’essayer de donner une voix à la complexité et aux besoins des segments spécifiques en mettant en évidence leurs points communs. Il ne s’agit pas de faire de l’observation ou de l’enquête sociologique, il s’agit d’avoir une nouvelle approche et un nouveau style de militance. Nous devons être prêt-e-s à nous pencher sur les contradictions du réel pour en comprendre les priorités, au travers de la pratique et non l’inverse.

Cela veut aussi dire avoir le courage et la capacité de conjuguer une lecture authentiquement intersectionnelle à une lecture de classe.

Impossible d’avoir une perspective de classe sans avoir également une perspective anti-patriarcale et décoloniale. Inversement, les différentes formes d’oppression s’inscrivent dans des rapports de classes au sein du développement capitaliste.

LA CORECHERCHE

Nous voulons nous défaire de la volonté typique de l’avant-garde auto-proclamée, qui reste extérieure à la classe. Au contraire, nous voulons nous concevoir et agir en tant que sujets subalternes (militant-e-s et conscient-e-s) au sein de la classe même. La méthode que nous voulons employer dans notre démarche est celle de la corecherche.

La corecherche est un type d’enquête militante où le “chercheur/chercheuse” travaille coude à coude avec l’“objet” de sa recherche, au travers d’un échange mutuel et continu. Nous sommes convaincus qu’afin de pouvoir changer la réalité il faut avant tout la connaître en profondeur, dans toutes ses facettes et contradictions. En s’intéressant à la composition de classe, l’objectif de la corecherche est de construire un savoir de classe en partant de la lutte, un savoir qui est politique plutôt que scientifique.

Corecherche signifie donc pour nous, étude et approfondissement, jamais détachés de la pratique et de l’action.