« Nous demandions des droits et la santé pour toutes et tous, ils ont envoyés les flics »

Confinement et état policier – Première partie

Dès les premières heures suivant l’entrée en vigueur du confinement, nous avons été témoins de l’intensification de la répression, en particulier envers les sans-abris et les sans-papiers, mais aussi envers les actes de solidarité. Jeudi dernier, la police a interdit et dispersé par la force la distribution de repas chauds au parc Maximilien, tout en distribuant des amendes à la cuisine solidaire Zig Zag qui prépare et sert des repas chauds pour les personnes sans-abris et sans-papiers. Elle est belle l’hypocrisie de nos gouvernements qui appellent à la solidarité alors qu’ils sont responsables de la casse sociale et du sous-financement des hôpitaux publics.  

Le gouvernement, a ordonné le confinement « à la maison » tout en pourchassant ceux qui n’ont pas de toit au-dessus de leur tête et interdisant les dynamiques d’entraide. La guerre sociale actuelle contre les subordonnés, qui a commencé bien avant le virus, traverse une phase d’accélération violente. Il est bon d’être conscient qu’elle va s’intensifier dans les semaines à venir et qu’elle s’articulera sur une multiplicité de niveaux et d’instruments différents. En effet, la torsion répressive et autoritaire touchera tout le monde, mais pas de la même manière. Tout comme le confinement. Nous devons également être très attentifs à la rhétorique qui sous-tend ces mesures : nous considérons qu’il est beaucoup plus important et prioritaire de fermer les emplois non essentiels pour contenir le virus que d’assister aux singeries et aux brimades de ces dernières heures.

La résolution d’une urgence sanitaire et sociale de cette ampleur a des priorités très différentes et celles-ci n’incluent ni ne justifient en aucune façon l’ensemble des mesures répressives et policières en faveur des mesures d’endiguement.

Nous pensons, non seulement d’un point de vue politique, mais aussi d’un simple point de vue de bon sens, que de nombreux autres outils sont nécessaires, qui au lieu d’être basés sur la coercition, renvoient à la “responsabilité collective”, manifestement sans lien avec la rhétorique de la responsabilité individuelle de nos jours. Nous croyons en une activité de prévention, d’information de masse accessible à tous, basée sur la solidarité et non sur la peur.

En ces temps, il est essentiel de rester sur nos gardes, de dénoncer publiquement chaque abus et de lutter pour le retrait de la police et des militaires de la mise en œuvre des mesures de confinement.

Nous voudrions cependant ajouter un autre avertissement à ces derniers : nous devons veiller à ne pas nous concentrer exclusivement sur la répression dans cette période, mais à avoir la capacité de l’inclure dans un raisonnement organique, capable de tenir tous les niveaux ensemble. Le risque énorme pour notre camp est celui de se refermer sur une impasse et d’être inévitablement vaincu en raison d’un manque de proposition politique et d’une énorme disproportion dans les rapports de force. Il est utile de rappeler que le capitalisme se remet encore de la crise de 2007 et n’a pas achevé son processus de restructuration. Si nous avons l’ambition de construire la force antagoniste contre le capitalisme, la force de sa négation, alors notre contre-attaque doit être aussi articulée et complexe que l’offensive que nous subissons. Après tout, les expériences d’autonomie les plus avancées, telles que la Rojava ou le Chiapas, nous enseignent que l’autodéfense doit aller de pair avec l’imagination et la pratique d’une société alternative.