édito sur les mesures gouvernementales

Nous estimons important de donner une lecture à chaud des nouvelles mesures d’urgence du gouvernement parce que nous pensons que nous devons, dans un moment comme celui-ci,  répondre à des responsabilités et des défaillances politiques très graves. Nous écrivons ces lignes “avec du sang dans les yeux”. Et nous le revendiquons.

Tout d’abord, il est important d’insister sur le fait que ces mesures ont été prises tardivement. Pourtant, l’une des caractéristiques reconnues du virus est sa vitesse de propagation. Les exemples chinois et italien auraient dû nous apprendre que l’absence de mesures aggravait la situation de jour en jour. Ceci même alors que plusieurs voix du monde de la santé dénoncent, depuis des semaines, un manque de matériel, d’outils et de personnel pour faire face à l’urgence, même à un stade précoce de la pandémie. Par conséquent, ce retard nous apparaît comme étant une faute grave de la part du politique.

En ce qui concerne le travail, les mesures sont plutôt ambiguës. Seuls quelques secteurs ont été contraints de s’arrêter. Pour le reste, les entreprises ont le choix de fermer ou non, à condition qu’elles respectent certaines normes de sécurité de base. Ces normes, en réalité, ne garantissent guère la sécurité des travailleur·euse·s et ce sans parler du trajet vers le travail en lui-même. Nous pensons que cette situation nécessite d’arrêter tout type d’activité professionnelle qui implique de quitter la maison et qui n’est pas essentielle en cas d’urgence sanitaire. Vous ne devez pas choisir entre votre salaire et votre santé. C’est pourquoi nous réaffirmons avec encore plus de force que nos vies valent plus que leurs profits.

En termes de soutien à l’économie, nous avons constaté un gouffre entre les mesures prises pour protéger la santé économique des entreprises et celles visant à assurer la survie des classes subalternes. Nous continuons à défendre que l’idée d’une approche par accord sectoriel dans ce contexte est inadéquate et exclura nécessairement une multitude de sujets différentes (comme les travailleur·euse·s étudiant·e·s, les précaires, etc). En outre, étant donné l’urgence, nous pensons qu’il n’est pas réaliste de négocier des accords sectoriels qui puissent véritablement garantir une couverture à tout le monde. Plus encore, il n’y a, objectivement, pas le temps de le faire. C’est pourquoi nous demandons un revenu de confinement, car personne ne doit être laissé pour compte à l’heure actuelle.

Mais ce qui nous étonne le plus dans tout cela, c’est encore le manque important de fonds et de ressources pour ce que nous pensons être le secteur qui doit être soutenu de toute urgence et en priorité : le secteur de la santé. Depuis des semaines , les travailleurs et les travailleuses dénoncent le manque d’instruments de protection, le manque d’équipement et de personnel. On attend d’eux qu’ils·elles se battent en première ligne, qu’ils·elles fassent leur travail au mieux de leurs capacités sans fournir les moyens appropriés et, surtout, la protection nécessaire. Ce qui fait le plus bouillir notre sang, c’est que ces mêmes travailleurs et travailleuses se mobilisent depuis des mois contre leur conditions de travail précaires et contre le système de santé actuel. Nous trouvons répréhensible qu’ils·elles ne soient pris au sérieux que maintenant, en période de crise et d’urgence. De plus, nous sommes sûrs que, très bientôt, les médias et le gouvernement nous parleront à longueur de leur communication : des “anges masqués” et des “héro·ine·s en blouse blanche”. Ce n’est certainement pas ainsi que la ministre Deblock les a considéré·e·s, lorsqu’il y a quelque jour, alors même que l’urgence se pressentait, elle a entrepris une énième série de coupes budgétaires dans le système de santé publique. La véritable priorité du gouvernement était alors plutôt mise sur l’achat des nouveaux F-35. Des milliards ont été dépensé pour des instruments de mort inutiles plutôt que pour garantir la santé de tous·tes. Un choix politique très sérieux et qui comporte des responsabilités politiques claires. C’est pourquoi, outre la réaffirmation de notre solidarité avec les professionnels de la santé, nous demandons la réquisition immédiate de toutes les installations et équipements de soins de santé privés. Le gouvernement espagnol l’a fait, nous pouvons le faire aussi.

Parmi les autres mesures nécessaires, à l’instar de certains gouvernements européens (bien que la situation en France, par exemple, ne semble pas si claire), se trouve la suspension des loyers, des hypothèques et des factures. Comment on peut demander de faire face à de tel frais dans une telle situation ? Nous demandons donc une suspension immédiate de ces dépenses.

Si le gouvernement ne protège pas ceux qui ont un toit, la situation est encore pire pour ceux et celles qui n’en ont pas. Aucune mesure d’urgence n’a été prise pour protéger les personnes sans-abris. Encore une fois, un grand merci aux politiques qui, sur la question du logement, au détriment des secteurs les plus faibles, ont privilégié des mesures favorisant la spéculation immobilière. Nous demandons donc que les bâtiments vides soient réquisitionnés comme condition minimale et première étape face à cette problématique.  

Ne parlons même pas de la question des prisons et des centres fermés : des véritables bombes à retardement. Sans aucune surprise, le pouvoir considère les détenu·e·s, quels qu’ils·elles soient, « sacrifiables ». Nous demandons l’amnistie et la régularisation d’urgence des personnes enfermées.

Un autre problème qui n’a pas été pris en considération concerne les violences domestiques qui risquent d’être renforcée en période de confinement. En bref, ce qui se présente comme une mesure de protection nécessaire peut très vite se transformer en cauchemar pour de nombreuses femmes et enfants. Nous pensons que les ressources dont disposent les travailleurs sociaux dans ce domaine sont actuellement insuffisantes.

En ce qui concerne les mesures répressives, nous devons être clairvoyant quant aux revers autoritaires qui se justifieraient par la pandémie, surtout si ces mesures devaient devenir définitives. Nous reviendrons plus largement sur cette possibilité du tournant autoritaire dans un article ultérieur consacré à cette question. Pour contrer les comportements individuels irresponsables et égoïstes, issus de notre société, nous aurions préféré une prévention correcte et, surtout, une information scientifique correcte, faisant autorité et claire ; capable d’expliquer le problème au niveau des masses plutôt que de voir nos territoires militarisés. Pendant des semaines, nous avons été bombardés d’informations contradictoires, passant de scénarios apocalyptiques à un simple virus pas plus grave qu’une grippe saisonnière. Cela a alimenté de nombreux mythes, dont certains ont conduit à des considérations effrayantes. L’une d’entre elles était que les jeunes gens en bonne santé n’avaient rien à craindre et que le véritable danger ne concernait que les personnes âgées et les personnes dont l’état de santé était déjà compromis. Au-delà du fait que cette information est fausse, cela a ouvert la voie à l’idée qu’après tout, il était acceptable que les parties les plus vulnérables de nos communautés soient sacrifiables. Un discours qui est tout simplement à la limite de l’eugénisme et que nous devons rejeter de toutes nos forces.

Rassemblons-nous et organisons-nous. Ce à quoi nous allons faire face est un moment difficile et compliqué de notre vie et nous devons en être pleinement conscients. Nous devons d’abord prendre soin de nous-mêmes et des autres et exiger des moyens pour ce faire. Renforcer les actions individuelles et collectives de solidarité à tous les niveaux, dans les limites de notre propre sécurité et de celle des autres. Veiller à ce que personne ne soit laissé derrière ou isolé. La seule façon de s’en sortir est de trouver collectivement les moyens de transformer nos vulnérabilités en pouvoir. C’est aussi l’approche qui nous permettra d’endiguer les éventuelles pulsions autoritaires.

Un autre effort que nous devons faire collectivement est de nous souvenir. Gardez à l’esprit toutes les responsabilités, les choix et les échecs de la classe politique et du patronat. Parce qu’après tout cela, nous en aurons le devoir, envers nous-mêmes, de construire un monde radicalement différent de celui qui nous a mené au bord du désastre actuel.

Nos vies valent plus que vos profits

La rédaction d’Ankermag