Traduction de l’italien du texte “Non Una di Meno: Appello per la mobilitazione dell’8 marzo e sciopero femminista e transfemminista del 9 marzo 2020“, paru le 26 janvier 2020.

Quatre ans après la première grève féministe et trans-féministe, le soulèvement global des femmes et des subjectivités dissidentes se poursuit, entraînant et impactant toutes les autres luttes.

Pour cela nous voulons lancer un défi en multipliant les temps et les lieux de notre révolte : le 8 mars sera une journée de mobilisation globale sur les territoires et le 9 mars sera une journée de grève. Nous allons nous réapproprier tous les lieux qui nous sont soustraits au quotidien : dans les villes au nom d’une sécurité présumée, dans les lieux de travail, dans les écoles, les universités, et les foyers. Nous transformerons notre temps en agitation, pour le remplir de nos souhaits et bâtir ensemble des stratégies communes, en dépit de ceux qui nous veulent isolé.es. dans nos solitudes. La grève féministe et trans-féministe est un acte politique de refus de la violence.

Nous nous rebellons contre la répétition quotidienne des viols et des féminicides désormais qualifiés d’ordinaires et irrémédiablement comme une responsabilité féminine. Nous nous rebellons contre la brutalité qui s’abat sur les personnes LGBT*QIA+, qui se traduit par des agressions verbales et physiques allant jusqu’au meurtre, les limitations à l’accès au travail, la pathologisation psychiatrique et la dévaluation de l’autodétermination.

Nous nous rebellons contre la violence du patriarcat institutionnalisé : celle des tribunaux qui punissent par le retrait du droit de garde, les femmes et les mineurs voulant s’échapper au chantage de la violence domestique.

La violence institutionnalisée criminalisant les femmes qui dénoncent le harcèlement, les abus et les violences. La violence pratiquée dans les hôpitaux où l’autodétermination sur nos corps et sur nos vies est systématiquement entravée. La violence perpétuée dans les écoles et dans les universités quand le savoir sert la légitimation des rôles et des hiérarchies de genre.

Nous nous rebellons contre la violence de ceux qui traitent nos corps et les corps de toute espèce vivante comme terrain fertile pour l’extraction de profit.

Nous nous rebellons contre le harcèlement qui nous tourmente sur les lieux de travail pour nous faire accepter en silence notre exploitation quotidienne et nos salaires systématiquement inférieurs à ceux des hommes.

Nous nous rebellons contre le racisme qui s’impose sur nos corps par la férocité des viols aux frontières et dans les centres de détentions, par l’exploitation de celles qui n’ont pas de droits et qui sont exposées au chantage. Le racisme qui nous poursuit même quand nous sommes né.e.s en Europe, qui, avec ses frontières, continue d’entraver notre liberté de mouvement.

La grève féministe et trans-féministe est une révolte globale. Les femmes kurdes sur le front de la guerre au Levant se battent contre le fondamentalisme patriarcal, néolibéral et autoritaire qui relie Erdogan, Trump, la Russie et l’Europe.

En Amérique latine et en Afrique, depuis des mois, on mène l’insurrection contre la destruction environnementale qui ravage la vie de millions de personnes au nom d’une colonisation capitaliste qui s’affirme à travers l’exploitation et la destruction d’écosystèmes, l’extraction de ressources naturelles et l’exploitation du travail vivant, les prescriptions du fond monétaire international et la répression féroce des gouvernements nationaux.

En Inde, ce sont les femmes qui bravent le racisme institutionnel. A leur côté, en Italie et en Europe, nous exerçons la grève en tant que processus : pour nous renforcer face à l’isolement et pour rompre les rapports de pouvoir existants.

La grève féministe et trans-féministe est un moment de convergence pour parler d’une seule voix. En communication transnationale avec chaque révolte féministe du monde, le 8 et 9 mars nous descendons ensemble dans les rues pour exprimer notre force afin que chacune puisse sentir avoir le pouvoir de se soustraire au chantage de la violence domestique, institutionnelle, économique, médiatique et juridique et afin que toutes puissent se saisir de cette opportunité de libération que nous ne voulons pas laisser nous échapper.

Le 8 nous donnerons une visibilité et une voix à ces conditions de vie et de travail qui risquent d’être inaperçues puisque “il est normal” qu’une mère passe son dimanche à faire le ménage tout en faisant à manger pour toute la famille ; puisqu’il est normal que les caisses des supermarchés soient ouvertes et gérées par quelqu’une qui doit travail même le dimanche pour un salaire misérable, peut être même en se culpabilisant d’avoir « abandonné ses devoirs familiaux ».

Pour nous, ce n’est pas “normal” et partout nous allons montrer ce qui est invisible, ainsi que notre refus d’accepter docilement cette double exploitation, nous allons montrer le rapport qui existe entre violence domestique et violence sur le lieu de travail, entre l’exploitation qui nous est imposée par nos pères, compagnons, employeurs et dirigeants et nos salaires misérables.

Pour cela ce 9 mars, nous allons déclarer encore une fois la grève globale féministe et nous croiserons les bras pour interrompre le travail dans les foyers, les usines, les hôpitaux, les entrepôts et les écoles, dans les bureaux et dans les cantines, sans distinction de catégorie.

Nous revendiquons la libération et l’émancipation, un salaire d’autodétermination, un salaire minimum européen et une sécurité sociale universelle. Nous exigeons le droit à l’avortement libre, sécurisé et gratuit, l’accès aux soins et à la santé. Nous prétendons à l’autonomie et à la liberté de choix sur tout ce qui concerne nos vies, genres et préférences sexuelles. Nous voulons redistribuer la charge de travail lié aux soins. Nous voulons être libres d’aller où nous voulons sans avoir peur, pour nos vies et avoir peur d’y rester face à la violence raciste institutionnelle. Nous voulons l’abrogation des décrets dits “de sécurité”. Nous voulons la fermeture des centres de détentions, un permis de séjour européen inconditionnel et la rupture du lien entre séjour, travail, liens familiaux dans la reconnaissance de la nationalité italienne, pour les personnes nées en Italie. Nous voulons en finir avec la violence patriarchale qui soutient cette société inégale et ce modèle économique capitaliste et l’extractivisme qui détruit la planète.

Nous sommes en agitation permanente : pour nous le féminisme est une posture et une lutte quotidienne. En vue du 8 et du 9 mars construisons la révolte, la réflexion et l’agitation à partir des territoires où nous vivons : assemblées dans les villes, rencontres et mobilisations étudiantes, réunions dans les lieux de travail, interventions dans les quartiers populaires et alliances intersectionnelles sans frontières.

Nous sommes conscientes que tout le monde ne pourra pas participer à la grève de façon conventionnelle, parce qu’à beaucoup d’entre nous le droit à la grève est refusé ! Précarité, travail non déclaré, chômage : aucune ne mérite de rester seul.e ! Pour cette raison nous invitons chacun.e à participer et rendre visible son adhésion à la grève de toutes les façons possibles et que nous détaillerons dans les prochains jours.

Les 8 et 9 mars nous allons construire des temps féministes pour rythmer les heures de la journée, en dehors de la rhétorique de l’horloge biologique, nous allons réclamer tout espace qui nous a été refusé ! Parce que nous l’avons dit et ne cesserons jamais de le répéter, si nos vies ne valent rien, alors nous faisons la grève !