A PROPOS DE LA GRÈVE POUR LE CLIMAT ET DES CÔTÉS OBSCURS DU « GREEN NEW DEAL »

[Traduction d’un texte de l’initiative “Make Rojava Green again”, originellement paru sur leur site web en septembre 2019 ]

Quand le dernier arbre aura été abattu, le dernier poisson pêché, et la dernière rivière empoisonnée ; quand respirer l’air te rendra malade, tu te rendras compte, trop tard, que la richesse n’est pas dans les comptes bancaires et que l’argent ne se mange pas.

– Alanis Obomsawin
 

Membres de la campagne Make Rojava Green Again, on voudrait saluer tou.te.s les activistes et jeunes écologistes qui ont décidé de se lever pour prendre part aux grèves du climat. Ici, dans le Nord-Est de la Syrie, on a aussi décidé d’agir pour défendre la nature. On travaille sur un plan qui vise à faire passer les travaux sur l’écologie réalisés par Make Rojava Green Again à un niveau supérieur, en travaillant non seulement avec les mouvements de jeunes, mais également avec les mouvements de femmes et les mouvements sociaux-économiques. Nous partagerons bientôt plus d’informations concernant ces prochaines étapes, avec une attention particulière sur les liens à améliorer avec les structures locales, afin d’être mieux ancré.e.s dans la société.

La situation écologique au Rojava est difficile et comporte beaucoup de problèmes et de contradictions. Mais à partir du moment où on parle de «changer le système, pas le climat», on peut réellement mener un travail pratique, en développent un système basé sur les principes de l’écologie sociale. L’administration autonome du Nord-Est de la Syrie soutient nos démarches et, avec différents projets écologiques, nous voulons être un exemple pour le monde entier, et montrer comment une société écologique est non seulement possible, mais nécessaire.

Les grèves du climat sont un exemple de coordination mondiale, où les forces démocratiques du monde entier, dirigées par les jeunes, se lèvent et disent « ça suffit ». Nous n’acceptons pas d’un système qui détruit notre planète, nous allons résister et défendre notre terre, notre eau, notre air. Nous allons protéger la vie et combattre la domination. La grève est une stratégie historique de défense des peuples opprimés, leur permettant de lutter contre leurs oppresseurs, et nous devons tenir compte de cette histoire. Lorsque nous parlons de grève du climat, nous devons réfléchir non seulement en termes de désobéissance mais aussi en termes de résistance active.La résistance étant l’outil qui permet aux opprimé.e.s de se libérer des oppresseurs.

Quand nous disons que nous sommes contre le capitalisme vert, nous devons être conséquent.e.s. Le capitalisme n’est pas seulement une question d’économie. C’est une question de ressources, c’est une question de nature, c’est notre façon d’organiser et de vivre notre vie. Le capitalisme, c’est la colonisation et la centralisation, c’est le monopole et la monoculture, c’est la domination sur la vie et la nature. Pour mettre en œuvre cette domination, le capitalisme a appris à se cacher sous différents masques, et de nos jours il se vêtit de différents costumes. Ce léviathan ne se soucie de rien d’autre que des profits, et est prêt à tout faire pour étendre sa domination sur de nouveaux territoires.

Dans les années à venir, nous allons assister à la montée du « green washing », où, cachées derrière l’image d’un « green new deal », les puissances économiques du monde occidental vont lancer une nouvelle offensive. Nous devons être prêt.e.s à riposter, conscient.e.s que celles et ceux qui ne connaissent pas l’histoire répéteront les mêmes erreurs. Le « new deal » mis en place par Roosevelt, sauveur du système capitaliste après la « grande dépression », a apporté quelques réformes sociales contre la crise économique, mais a aussi établi des mesures très importantes pour protéger le système financier, les banques et les entreprises privées, créant différentes institutions qui ont rendu possible une centralisation du pouvoir économique sans précédent.

Ce que l’on appelle le « green new deal » voudrait créer de l’espoir, mais il laisse une grande place aux entreprises, aux corporations et aux gouvernements qui se consacrent à l’exploitation et à la destruction de la nature. Ces organisations criminelles ne veulent qu’une seule chose : se faire de l’argent avec la crise écologique à laquelle nous sommes confronté.e.s. On ne peut pas tolérer cela. La nature n’est pas une marchandise que les humains peuvent exploiter pour leurs bénéfices, la nature est le terrain sacré qui rend la vie possible. Fixer le prix de la nature ne la protégera pas, tout comme taxer la quantité de CO2 que les entreprises produisent en brûlant des combustibles fossiles ne résoudra pas le problème du changement climatique. La valeur de la nature va au-delà de tout programme économique que ce système peut concevoir, et c’est ce que nous voulons dire quand nous disons qu’il faut « changer le système, pas le climat ».

Depuis « Make Rojava Green Again », un projet écologique né durant la Révolution du Rojava, nous souhaitons le succès à toutes les actions visant à défendre la nature et à sensibiliser les gens à l’écologie. Mais nous mettons aussi en garde contre celles et ceux qui voudraient entraîner ces jeunes mouvements écologiques dans la mauvaise direction. La vie est un cadeau que nous ne pouvons pas utiliser à mauvais escient, et nous devons à tout prix la protéger. Il y a des décennies, des mouvements écologistes sont nés sous le slogan « penser global, agir local ». Nous avons maintenant la possibilité de « penser global, agir global ». Et nous allons nous en saisir.

 Make Rojava Green Again

Rojava, 19 septembre 2019