[Témoignage] À Ixelles, la police harcèle les coursiers

[La rédaction d’Anker-mag reproduit ici le témoignage d’un coursier avec son aimable autorisation. Ce témoignage démontre encore une fois que – en matière de capitalisme de plateforme – l’état néo-libéral ne s’attaque jamais aux entreprises mais réprime par contre les travailleur-euse-s précaires. C’est doublement le cas lorsqu’il s’agit de travailleur-euse-s sans papiers victimes à la fois de la sur-exploitation et des lois racistes].

Je travaille tous les jours comme livreur à vélo et, depuis quelques temps, je vois que la police de la zone Ixelles-Bruxelles met régulièrement en place des barrages autour de la place Flagey. La procédure est toujours la même : plein de flics et leurs camionnettes sont à l’arrêt sur la place et, pendant ce temps, d’autres flics en moto se placent au coin de chaque rue (Lesbroussart, Malibran, Vleurgat, etc.) qui entoure la place et arrêtent des livreurs à moto d’Uber Eats et de Deliveroo. Une fois arrêtés, les livreurs sont dirigés vers la place Flagey où a lieu un contrôle. Un peu intrigué par ça, j’ai été demander aux flics pour quelle raison ils faisaient ça. Ils m’ont répondu qu’ils vérifiaient les papiers de véhicule ainsi que les papiers d’identité des livreurs.

En fait, s’ils font ça, c’est parce qu’ils savent qu’un nombre très conséquent de livreurs sans-papiers travaille sous un faux compte (parfois emprunté mais plus souvent payé ou loué à des gens peu scrupuleux) pour les plateformes de livraison. Le New York Times a déjà sorti une très bonne enquête sur l’emprunt ou la location de comptes à Paris et a montré comment ça précarise encore plus ces gens. Pour info, à Bruxelles et dans le cas de Deliveroo, acheter un compte sur lequel on peut gagner 6 000 euros maximum par an revient pour le moment plus ou moins à 800-1000 euros. En outre, puisqu’ils ne sont pas déclarés, ces livreurs ne bénéficient pas de la très maigre assurance prévue par la plateforme en cas d’accident de travail. En gros, un livreur sans-papier se retrouve doublement exploité : d’une part par la plateforme (Uber Eats ou Deliveroo en l’occurrence) et d’autre part par la personne qui lui refile le compte. Pourtant, pour ces gens, qui sont exclus de l’emploi déclaré parce que notre pays raciste ne leur accorde pas de droit de séjour, ce genre de taf est une rare opportunité pour survivre.

Bien entendu, comme livreur, je pense qu’il faudrait régulariser tous mes collègues et leur permettre de travailler à conditions égales et ne pas devoir louer ou acheter des comptes. Cependant, je doute que la police, quand elle procède à ces contrôles, se soucie réellement de leur bien-être. En fait, les flics, mis au courant de ces pratiques, ont compris qu’arrêter les livreurs sous prétexte de « contrôles de routine du véhicule » serait encore plus simple que courir après les sans-papiers dans la rue ou dans le métro. En fait, ils ont compris qu’avec ces contrôles, ils pourraient en arrêter encore plus et plus facilement.

Là où le bât blesse, c’est que, comme je l’ai dit, c’est la police locale de la zone Ixelles-Bruxelles qui organise cela. Bref, que Ecolo et le PS qui sont au pouvoir dans ces communes sont responsables des actions de leur police. Pour faire plus simple, Ecolo et le PS – qui ont toujours gueulé (à raison) contre la politique raciste du gouvernement fédéral NVA-MR – font la même chose une fois au pouvoir et organisent la chasse aux travailleurs sans-papiers SUR leur lieu de travail (c’est à dire dans la rue où les livreurs circulent pour prendre et distribuer les commandes).

Quand nous avons mené des grèves chez Deliveroo avec le Collectif des coursier-e-s en 2017-2018, nous avons toujours été soutenus par ces deux mêmes partis. Ils ont toujours assuré que les droits des livreurs des plateformes leur tenaient à cœur et nous ont d’ailleurs beaucoup aidé. Je pose donc la question aux membres d’Ecolo et du PS : croyez-vous réellement agir dans l’intérêt des livreurs en les pourchassant de la sorte ? Aussi, une vraie politique humaine et de gauche ne consisterait pas à ce que votre police laisse les réfugiés (économiques, politiques et climatiques) tranquilles ?

Eddy les coteaux