Qui est fièr’e de cette marche des fiertés?

Texte co-écrit avec l’organisation du cortège VNR (composée de Queer Support the Migrants, Reclaim the Pride et d’individus) que nous reproduisons sur Anker-mag avec leur autorisation.

Souvenons-nous… 2017 : La Belgian Pride association se fout de notre gueule en invitant les politicien-ne-s et les Rainbow Cops à fanfaronner fièrement sous le thème « Crossing Borders », censé visibiliser les réalités vécues par les personnes exilées LGBTQI.. 2018 : #YourLocalPower transforme nos luttes en campagne électorale pour les communales et les provinciales. Cette année pour les 50 ans de Stonewall -émeutes à N.Y en 1969 considérée comme déclencheur des Prides-, la Pride ASBL a décidé dans un nouvel élan d’hypocrisie de choisir #AllForOne comme thème, vantant une prétendue intersectionnalité aux côtés de nombreux partis, profondément racistes et anti-travail du sexe mais avides d’électorat. Plutôt ironique lorsque l’on sait des travailleuses du sexe racisées (1) étaient en première ligne à Stonewall !

Les partis, cette fois-ci en pleine campagne pour les fédérales et les européennes, profitent à nouveau d’un espace médiatique considérable ce 18 mai. La Belgian Pride leur autorisait déjà notre instrumentalisation avec son événement « Vers de fières élections » au Beursschouwburg vendredi dernier. Ce samedi, ils se pavaneront parmi nous.

Cette institutionnalisation de nos fiertés nous débecte et nous voulons plus que jamais nous les réapproprier. Nous reformons le cortège VNR pour la deuxième année consécutive ! L’année dernière, nous étions nombreux-euses à protester ensemble. Et depuis, les nouvelles intiatives TBPG ne s’arrêtent plus ! Après des réflexions sur nos moyens d’action (boycott, parcours alternatif…), nous convergeons finalement vers une présence forte au sein même de la parade pour (dé)gueuler ensemble notre colère ! Cette année, l’organisation de la Pride, jouant la carte Grand Débat, a décidé de consulter « associations et militant-e-s ». La Sainte-Trinité des coupoles arc-en-ciel, maintenant son fonctionnement en démocratie représentative, feint d’écouter et garde le monopole des décisions. Elle semble n’avoir sélectionné que les réformes les plus superficielles, refusant le fond de la critique qui lui était adressée. Deux compromis mous sont mis en place pour l’édition 2019 : placer les partis en fin de cortège et leur soumettre un questionnaire sur leur propositions pour les droits des LGBTI. La Pride ASBL est toujours incapable de se séparer des politicards et des flics. Elle nous a d’ailleurs prouvé son dévouement l’année dernière. Alors que nos camarades se faisaient violenter par la police en marge des contestations contre la N-VA, le Coordinateur a préféré soutenir police et extrême-droite. La Pride présente les Rainbow Cops comme des pédagogues et les flics en général comme nos protecteurs mais se tait quand nous sommes agressé-e-s par eux ! Si les policiers arc-en-ciel ne se dandinent pas cette année sous les paillettes, ils polluent toutefois l’air du Pride Village, auquel il nous est plus difficile qu’eux d’accéder ! La parade formatée respecte les logiques autoritaires limitant de plus en plus toute possibilité de réelle manifestation. Nous ne sommes autorisé-e-s que dans un espace défini et contrôlé. Barrières, vigiles et portiques aux files genrées gardées par des cerbères transphobes (3). La sécurisation des manifestations renvoie à une menace extérieure et nie la violence étatique et policière.

Dans sa démarche d’indécence absolue, la Pride laisse également place à la récupération commerciale de nos luttes à travers le financement de Deloitte (4) et la mise en avant de la STIB (5) par leurs bus pimpés aux couleurs de l’arc-en-ciel. Un bref regard sur la liste des sponsors questionne déjà la démarche des décideur-euse-s sur leurs choix d’alliances. Les enjeux financiers remplacent nos solidarités intra-communautaires. Malgré une tentative d’inclusivité en droppant le « gay » de la « Pride », nous constatons que l’appellation « Belgian Pride » ne laisse en fait place qu’au capitalisme et à l’homonationalisme(6) rose. Notre marche ne devrait pas être la vitrine de leur tourisme pailleté.

Rassemblement samedi à 12h au local du réseau ADES (71 rue de Liedekerke), pour se regrouper avant la marche, manger un bout ensemble et faire connaissance. Pour nous rejoindre plus tard notre position sera affichée sur la page facebook à l’heure du départ de la pride. (Le lien vers l’évenement facebook du cortège VNR c’est par ici)

(texte co-écrit avec l’organisation du cortège VNR, composée de Queer Support the Migrants, Reclaim the Pride et d’individus). Source : CLT

(1) racisé-e-s : personnes subissant le racisme systémique.

(2) « Nous organisons une fête de la diversité et nous ne tolérons et ne condamnons aucun cas de violence physique et verbale. Il est important que tout le monde soit le bienvenu ici et que nous commencions à nous écouter les uns les autres » Elio de Bolle coordinateur de la pride 19/05/18.

(3) Comment la pride asbl peut soutenir les revendications trans (dont la suppression du sexe à l’état civil) tout en étant incappable de dégenrer des files de fouilles ?

(4) Deloitte (GLOBE) : cabinet d’audit financier professionnel dans l’optimisation et l’évasion fiscal. Cité pendant le scandale du Luxembourg Leaks.

(5) Rappelons la responsabilité de la STIB dans rafles d’éxilé-e-s organisées par la police.

(6) Homonationalisme : inclusion de l’homosexualité dans le discours national occidental. Opposition fabriquée entre pays du nord prétendument débarassés de toute discrimination envers les personnes LGBTQI et pays du sud présentés comme liberticides. Politique raciste et impérialiste produite par l’Etat mais aussi les sujets LGBTQI blancs.